Le contrôle de course de la NASCAR peine à décider quand un accident justifie un drapeau jaune mettant fin à la course lors des deux premières épreuves de la saison 2025. Mais pour comprendre pourquoi il est si difficile de trancher, il faut revenir en arrière, avant même le départ du Daytona 500 de cette année.
Historiquement, la NASCAR adopte une politique stricte concernant les neutralisations en fin de course : tout accident majeur entraîne automatiquement un drapeau jaune. Cependant, cette approche a été remise en question à l'issue de la deuxième course qualificative Duel. Austin Cindric et Erik Jones se disputaient la victoire dans ce qui promettait d'être un finish au coude-à-coude, lorsqu'un accrochage est survenu dans le peloton. Étant donné le timing du drapeau jaune, Cindric a été déclaré vainqueur alors que Jones avait en réalité franchi la ligne d'arrivée en premier. Une scène confuse s'en est suivie, Jones célébrant sa victoire sur la ligne d’arrivée alors que Cindric rentrait aux stands.
La question était évidente : en quoi ce drapeau jaune était-il nécessaire alors que l'accident se produisait juste avant la ligne d'arrivée ? La plupart ont convenu que le drapeau jaune n'avait changé que l'identité du vainqueur. Face aux critiques grandissantes, la NASCAR a reconnu son erreur et adopté une approche plus souple pour le reste du week-end. Cela a mené à une décision controversée lors du Daytona 500, qui est resté sous drapeau vert alors que les cinq leaders ont été impliqués dans un carambolage spectaculaire dans le dernier tour.
Cette posture a été maintenue le week-end suivant à Atlanta, laissant la course se poursuivre malgré plusieurs accrochages violents dans la ligne droite opposée durant la course Xfinity. Mais cette fois, les pilotes eux-mêmes ont protesté, estimant qu'il était dangereux de continuer à pleine vitesse au travers d'un accident, sous peine de perdre plusieurs places. NASCAR a donc, une nouvelle fois, changé d'approche et déclaré qu'un drapeau jaune serait déployé en cas de scénario similaire durant la course de Cup.
Ironiquement, c'est exactement ce qui s'est produit. Josh Berry a perdu le contrôle dans la ligne droite opposée en toute fin de course, entraînant plusieurs autres voitures avec lui. Cette fois, NASCAR a brandi le drapeau jaune, mais cela a privé les spectateurs d'une arrivée historique, alors que les leaders étaient trois de front dans le dernier virage. Naturellement, les fans ont exprimé leur frustration et la question de l’équilibre entre sécurité et spectacle est revenue sur le devant de la scène.
Quelle est donc la solution ? La NASCAR fait face à un dilemme : brandir le drapeau jaune peut ruiner une fin de course spectaculaire, mais ne pas le faire peut mettre en danger les pilotes. Le principal tort de la NASCAR a été de changer constamment de position en l'espace de deux semaines, semant la confusion et un manque de clarté.
En réalité, il est nécessaire de trouver un juste milieu. Pour les courses sur superspeedway, NASCAR ne devrait pas déployer de drapeau jaune si un accident survient entre la sortie du virage 4 et la ligne d’arrivée. En revanche, elle ne devrait pas non plus contraindre les pilotes à foncer à pleine vitesse à travers une collision sur la ligne droite opposée. Un simple tête-à-queue à l’arrière du peloton ne doit pas mettre fin à une course, mais un carambolage impliquant les leaders en ligne droite mérite un drapeau jaune. En revanche, une fois le drapeau à damier en vue, il n'y a plus de raison d'interrompre la course.
D'autres séries font face à des problèmes similaires. L'Indy 500 a instauré ces dernières années des drapeaux rouges pour garantir une fin sous drapeau vert, ce qui a suscité des critiques, notamment de Marcus Ericsson en 2023. En Formule 1, la polémique entourant le Grand Prix d'Abu Dhabi 2021 a montré les dangers de modifier les règles à la dernière minute pour favoriser le spectacle.
Une alternative serait de figer le classement des pilotes situés derrière l’incident, permettant aux leaders de se disputer la victoire sans que ceux à l’arrière n’aient à traverser une scène d'accident à pleine vitesse. Quoi qu’il en soit, la NASCAR a besoin d'une règle claire et constante, sous peine de perdre la confiance des fans et des pilotes.
Trop souvent, Elton Sawyer, vice-président principal de la compétition, doit justifier les décisions de la direction de course après une épreuve. Et trop souvent, les spectateurs repartent frustrés et déconcertés. Bien qu'il serait idéal que les pilotes cessent de s'accrocher à un tour de l’arrivée, la NASCAR doit être prête à gérer ces situations fluides avec plus de cohérence. Aucun accident ne ressemble à un autre, et il est impossible de toujours prendre la bonne décision, mais la NASCAR doit établir des procédures claires sur ce qui justifie un drapeau jaune ou non. Sans cela, elle risque de perdre la crédibilité de ses décisions chaque dimanche.